Nihil Nove

19 octobre 2005

Le Surendettement

Je parle beaucoup de dettes... Après la dette de l'Etat, la dette des citoyens : ce matin, une émission de LCI pose la question: « Sommes-nous responsables de nos dettes? »

La question est très bien posée. Sommes-nous responsables de nos actions? Ou plutôt, puisque le seul qui peut nous retirer cette responsabilité c'est l'État, l'État doit-il nous tenir pour responsables de nos actions? Et puisque l'enfance finit lorsque l'on est capable de prendre en compte les conséquences de nos actions, l'État doit-il traiter ses citoyens comme des adultes ou des enfants?

Le fait divers tragique de parents qui, surendettés, tentèrent de tuer leurs enfants avant de se suicider pour échapper à leurs dettes (Le Figaro, Le Monde), ne pose pas la question du surendettement, contrairement à ce que répètent les journalistes.

Elle pose la question de la responsabilité, mais aussi celle du rôle de l'argent dans nos vies : si nous n'avons pas d'argent, notre vie est-elle finie? Je crois que non. Je crois cependant que nous vivons dans une société consumériste qui nous fait croire cela. D'où de tels drames. La question du rôle de l'argent dans notre vie morale est trop complexe pour cet article, car un simple refus de l'économie est simpliste et dangereux : le marché fait partie depuis toujours de notre organisation sociale — et politique —, et l'économie moderne nous a par ailleurs apporté des fruits fantastiques dons nous profitons chaque jour.

Il est cependant très facile de répondre à l'autre question posée : encore une fois, l'État doit-il nous traiter comme des adultes ou des enfants? Non! Certes, le surendettement peut être une situation tragique. Mais qu'en serait-il d'une société où nous ne serions pas capables de gager sur l'avenir? D'une société où il n'y aurait plus de garantie qu'une décision serait suivie d'effets, une action d'une réaction? Devons-nous être responsables de nos actions? Oui!

Si nous pouvons contracter des dettes sans en être tenus pour responsables, les conséquences ne seront pas seulement économiques — cela dissuaderait les prêteurs de prêter, et l'économie croit grâce au prêt — mais sociales et morales. Nous ne serions plus présumés capables d'assumer les conséquences de nos actions mais, au contraire, présumés incapables. Nos droits ne seraient pas la contrepartie de devoirs — ou de droits d'autres envers nous, ce qui est la même chose —, mais des dons gratuits. Autrement dit, ce serait l'infantilisation de la citoyenneté.

Par ailleurs le droit fournit déjà tout un arsenal au débiteur contre son créancier, qui ne peut saisir une partie du patrimoine, qui peut se trouver opposé à un délai de grâce, etc. Une vingtaine d'années de règne socialiste a déjà bien protégé les débiteurs des conséquences de leurs actions et, contrairement à ce que voudrait mon école libérale, je suis contre le retrait de la plupart de ces mesures, pour des raisons de justice sociale.

Toutefois, pour ainsi dire, trop de justice sociale peut tuer la justice tout court. La démocratie n'est pas le suffrage. La démocratie c'est la capacité accordée à chacun de participer à la vie politique de son pays — à la chose publique —, donc d'être libre, donc d'agir, donc d'assumer la responsabilité de ses actions. Ces choses-là ne sont pas séparables. La responsabilité va avec la liberté, qui va avec la République. Vouloir supprimer l'un c'est vouloir donner une chiquenaude au premier domino.

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